Une histoire de sexuation et pas que

Samedi soir, il ne manquait que toi

De la compagnie Insolence Is Beautiful! Interprétation Corinne Menant.

Ecriture et mis en scène de Maria Stella Milani, lumière et scénographie Alois Genestier, voix Off Diong-Keba Tacu.

Le samedi 8 mars 2025 à 16h à la Mareschale Aix en Provence dans le cadre de la Journée de la Femme et de ses droits, le dimanche 9 mars 17h théâtre du Mille Feuille Marseille (13002)

Corinne Menant Samedi soir, il ne manquait que toi »

« Le sujet de l’inconscient est à situer comme ex-sistant ; c’est-à-dire situé à une place excentrique. » Lacan

C’est une femme qui raconte une autre femme, et cette autre femme raconte avec sensibilité la femme en devenir qui deviendra une des nôtres. Cela raconte le féminin dans la splendeur et la petitesse de l’Homme qu’est la femme. C’est une histoire au féminin, qui coud et re coups la relation maternelle qui aille bien chez son être. Cette histoire au féminin en poupées russes s’accoquine d’hommes et d’un archétype de l’Homme qui ne s’attache en rien, et la femme fait croire qu’elle se rattache à lui sauf qu’elle s’entache d’elle.

« Le désir de l’homme, c’est le désir de l’Autre » Lacan et Maria Stella Milani ont peut-être raison. Le désir est une formule de sexuation (une autre jouissance féminine distincte de la jouissance phallique qui échappe à la parole et au savoir inconscient). La féminité n’est « pas toute » dans l’ordre symbolique, ce qui introduit une brèche dans l’universel phallique. Un phallus et pas que pourrait être le résumé un peu simpliste et une équation adéquate de ce spectacle « Samedi soir, il ne manquait que toi ». Cette perspective met en lumière une jouissance supplémentaire, non dicible, qui déstabilise les structures psychiques traditionnelles… Et le spectateur portée par l’émotion de Corinne Menant, comédienne qui déploie l’arc en ciel des sentiments du personnage, ce jeu en dit.

« L’inconscient est structuré comme un langage ». Ce n’est pas moi qui écris. C’est Jacques. Lacan. La formation de l’inconscient est l’inconnu de ce langage. Et on le voit bien dans cette linguistique scénique, « ça » ne va pas trop bien entre l’être de l’être qui est. Qui est la mère ? La fille ? L’amant ? Au jeu du Marabout de « qui est qui ? », on ne s’y perd pas. On se libère de notre cage par le mot symbolique. Le mot est premier. Il préexiste au sujet parlant et le détermine à son insu. Ne dit-on pas « tourner trois fois sa langue dans sa bouche » avant de parler ?

L’écriture de Maria Stella Milani et sa mise en scène renversent le rapport classique du langage. Le signifié a donc trouvé une chaussure d’interprétation incarnée par une comédienne sans chausson et va nu-pieds sur scène.

Ferdinand de Saussure est dans le talon de la créatrice des mots qu’est Stella Maria Milani mis dans les talons ronds et blancs à hauteur de la parole de Corinne Menant, l’être qui incarne ces mots dits. Ainsi, la boucle se boucle : le signifié représente le concept relié au mot ; le signifiant est le mot acoustique et sonore du mot. Et va cette musique du spectacle, bercée par la lumière et scénographie d’Alois Genestier. De jolis mots en soi, demandés par la compagnie de Corinne Menant « Insolence Is Beautiful » à une dramaturge à la hauteur de ses ainés, héritière d’un Buzatti ou d’un Quarttulo.

De ces deux jours, le hapax me prit.

Si vous voulez en vivre un, « Samedi soir, il ne manquait que toi » sera au théâtre de l’Incongru à Avignon en juin prochain.

Autre moment unique dans une vie de spectateur avec cette compagnie se passera au centre culturel La Maréschale à Aix-en-Provence le 26 avril 2025 à 19 h. Un pectacle mêlant danse, poésie et musique créée à partir du recueil de poétique de Szilvia Deak « RomanticoModern » avec Stephano Mauro et Corinne Menant de la compagnie « Insolence Is Beautiful »

Corinne Menant Samedi soir, il ne manquait que toi »


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